Qu’est-ce que le symbolisme en Franc-Maçonnerie?

La poésie fait appel au symbolisme

Les sanglots longs des violons de l’automne,

blessent mon cœur d’une langueur monotone.

 Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure,

je me souviens des jours anciens et je pleure;

 Et je m’en vais au vent mauvais qui m’emporte

deçà, delà, pareil à la feuille morte.

Assis sur les bancs de l’école, vous avez certainement appris et récité ce poème « Chanson d’automne » de Paul Verlaine. Au sein de cette grande institution républicaine, vous avez également écouté, ressenti et assimilé de nombreuses connaissances tissées de chiffres et de lettres : autant de signes, d’empreintes et tant de symboles marquants !

Ce poème de Verlaine peut être perçu à la lumière des concepts du symbolisme. Prêtez attention aux sons de la première strophe : sanglots longs / violons / automne / monotone.

Verlaine n’a pas choisi ces mots par hasard. Le son « on » est sourd, grave et résonne longtemps. En écoutant ces vers, on a l’impression d’entendre la note étirée et triste d’un violoncelle. Le poème ne se contente pas d’évoquer la musique, il est une musique. Il berce au point de nous hypnotiser.

En apparence, Verlaine décrit la météo : c’est l’automne, il y a du vent, les feuilles tombent. Mais en réalité, Verlaine se moque de la météo. L’automne ici est le symbole de la fin de sa jeunesse, du temps qui passe et de la mort qui approche.

L’horloge qui sonne (« quand / sonne l’heure ») n’est pas juste une horloge dans un salon, c’est le compte à rebours de sa propre vie. La nature extérieure reflète son monde intérieur.

Dans les derniers vers, Verlaine se compare explicitement à une « feuille morte » emportée par le vent. Un auteur réaliste aurait pu écrire : « Je me sens impuissant face au destin, je vieillis et je n’ai plus le contrôle de ma vie ». Verlaine, en poète symboliste, ne donne pas cette explication psychologique ennuyeuse. Il se transforme simplement en feuille emportée par une bourrasque. L’image de la feuille morte est tellement forte et universelle qu’elle nous fait ressentir son désespoir instantanément, sans qu’il ait besoin de prononcer les mots « impuissance » ou « dépression ».

Dans ce poème, l’automne n’est pas une saison, c’est un sentiment. Et le vent n’est pas de l’air qui bouge, c’est le destin qui nous pousse vers la mort.

Le symbolisme transforme les objets du quotidien en miroirs de l’âme.

Dans le monde commun, les symboles sont utilisés comme des raccourcis cognitifs pour traduire des concepts abstraits en images immédiates. Par exemple, la géométrie a son lot de symbole : le carré renvoi à la perfection, le cercle à l’infini. Nous y sommes confrontés chaque jour parfois sans même y réfléchir mais il est certain que nous les utilisons tous.

Chaque civilisation utilise des symboles qui lui sont propres, certains venant du passé ont traversé les âges et délivrent encore aujourd’hui leur signification. Pêle-mêle on pourrait citer l’Ankh égyptien, symbolisant la vie, l’immortalité. Le feu de Prométhée, chez les grecs, pour la connaissance ou encore la couronne de laurier, liée à Apollon, pour la victoire. Enfin sur un ton plus courant, le cœur symbolise l’amour et le poing levé la lutte.

Charles Baudelaire est considéré comme le précurseur du symbolisme, notamment avec sa vision de l’art total et des correspondances entre les sens. Ce mouvement naît à la fin du XIXe siècle et se développe d’abord en poésie avant de s’étendre au XXe siècle notamment à la peinture.

Les peintres ont ainsi cherché à explorer des dimensions symboliques, spirituelles et métaphysiques de l’existence humaine à travers des formes d’expression artistiques chargée de significations multiples, tels que l’expressionnisme avec Edvard Munch, le surréalisme avec Dali et Magritte; on pourrait enfin citer Arnold Böcklin.

Avant d’aborder le symbolisme dans l’univers de la Franc-Maçonnerie, il serait utile de le distinguer de deux autres notions couramment utilisées mais pas toujours assez différenciées. En effet, l’analogie et la métaphore peuvent laisser exprimer une certaine confusion qui ne permettrait plus de bien identifier le sens et la spécificité de chacun de ces mots.

Lorsque l’analogie tente de comparer ou de rapprocher pour faire comprendre, la métaphore, elle, illustre par une image marquante. Quant au Symbolisme, il ne propose pas de réponse précise ou définitive. Il suggère une ouverture où chacun peut avoir une vision qui lui est propre. Le symbolisme ne cherche pas à convaincre ni à expliquer. Il crée un espace intérieur où chaque personne fait sa propre expérience du sens, un sens personnel à chacun. Là où l’analogie parle au raisonnement et la métaphore à l’imagination, le symbolisme touche particulièrement à l’invisible et à ce que l’on ne sait pas exprimer.

Le symbolisme en franc-maçonnerie

La Franc-Maçonnerie moderne trouve ses racines dans les corporations de maçons opératifs du XIIIe siècle en Europe. Les outils de métier ont été transformés en symboles de sagesse morale et spirituelle dès le XVIe siècle en Écosse, puis structurés en Angleterre au XVIIe siècle avec la création de la Grande Loge de Londres en 1717. Ces origines expliquent la richesse et la profondeur symbolique qui guident les francs-maçons depuis toujours.

Le symbolisme, dans cet univers de fraternité, est un outil essentiel qui permet à nos Frères et Sœurs d’explorer des concepts profonds et d’atteindre une compréhension plus élevée de la réalité. Il est considéré comme une grande écriture qui permet de voir au-delà des apparences. Chaque symbole représente une idée ou un concept qui aide à la réflexion et à l’introspection.

« Ici tout est symbole », cela souligne l’importance de percevoir le monde à travers son prisme.

Les symboles maçonniques sont des outils et figures qui transmettent des valeurs morales, spirituelles et initiatiques, guidant le franc-maçon dans sa quête de perfectionnement. Ils constituent des outils qui unissent les membres autour de valeurs communes. Leur interprétation est souvent multiple, reflétant ainsi la diversité des expériences et des compréhensions au sein de l’ordre maçonnique.

Il est important d’insister sur la notion d’adogmatisme dans la présentation des significations de ces symboles qui ne sont que suggérées. Les francs-maçons du Grand Orient de France rejettent les dogmes et dictats et encouragent leurs membres à partager leur propre vision de sorte que chaque voix soit une note unique qui compose l’infini de l’humanité et participe à l’harmonie universelle. C’est toute la portée du symbole en maçonnerie : il se traduit de manière multiple et est sujet à différentes compréhensions, qui une fois livrées aux autres enrichissent leur réflexion et élargissent leur perspective. A chacun sa grille de lecture, il est essentiel de s’ouvrir aux autres pour comprendre pleinement le monde.

Ce qui est remarquable avec le symbole, c’est qu’il ne donne pas la réponse. Il pose la question. Et il la pose encore et encore, à chaque assemblée, tout au long de la vie maçonnique. C’est là son utilité profonde : il crée un espace régulier où le maçon accepte de se regarder en face, honnêtement, fidèle à lui-même.

Parce que nous traversons tous des doutes, des échecs, des moments où nous sommes tentés de prendre des raccourcis. Le symbole sert à nous ramener à l’essentiel que chacun peut entrevoir. Pas par magie mais parce qu’on l’a travaillé, répété, intériorisé, au point qu’il devient une référence solide en nous.

Ce n’est pas une règle qu’on nous impose de l’extérieur même si nous sommes accompagnés et guidés dans notre parcours par nos aînés. Nul ne nous dit les valeurs que l’on doit incarner, mais notre engagement est humainement synonyme d’exigence ; oui, personne ne nous dit « sois juste, sois humble ». Le symbole nous laisse découvrir ces exigences par nous-mêmes, à notre rythme. Et ce qu’on découvre par soi-même on le retient bien mieux que ce qu’on nous a simplement enseigné. « On apprend toujours seul, mais jamais sans les autres », disait Philippe Carré.

Le travail sur le symbole ne reste pas entre les murs du temple. Il inspire notre comportement au quotidien dans notre façon singulière d’écouter sans préjugé, dans notre façon de mesurer nos mots avant de parler.

Ce n’est pas de la théorie. C’est le résultat concret d’un travail régulier sur soi. Le symbole sert à former des réflexes. Pas des réflexes mécaniques, mais des réflexes de pensée. Des automatismes qui font qu’avec le temps, l’homme agit mieux sans même avoir besoin d’y réfléchir consciemment.

Il transmet une sagesse accumulée sur des siècles, ce que les anciens ont compris sur l’humain et sur la fraternité, il nous le transmet sans le déformer. Et surtout il crée du lien. Des femmes et des hommes très différents peuvent se retrouver autour des mêmes symboles et se comprendre sans avoir besoin de tout expliquer.

L’équerre et le compas, symboles majeurs en franc-maçonnerie

Ils incarnent la droiture, l’harmonie et l’équilibre entre le monde matériel et spirituel. Ils invitent le franc-maçon à faire preuve de mesure, de discernement et d’intégrité, aussi bien dans sa réflexion personnelle que dans ses actes de chaque jour.

Comme l’a dit Paul Ricoeur : « Le symbole donne à penser. » Cela montre bien que le symbole ne donne pas de réponse toute faite, mais invite chacun à chercher la sienne.